ZOÑJ nous présente son album Koar, sorti en juillet 2026.

Zoñj - Album Koar

1 – Pour commencer, comment présenteriez-vous ZOÑJ aujourd’hui à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore ?

ZOÑJ, c’est la pensée, l’idée ou l’exercice de l’esprit en breton. Aujourd’hui, nous sommes un trio instrumental acoustique ancré dans la musique bretonne, avec Baptiste Barbier (flûtes traversières en bois), Elouan Le Couls (violon) et Julien Daniélo (accordéon chromatique).

Notre musique est un pont entre le Trégor et la Haute-Bretagne. Nous proposons un répertoire taillé pour le fest-noz qui navigue entre influences poétiques et transe acoustique. À travers notre nom, nous aimons explorer ce lien invisible entre la pensée et le mouvement : la danse bretonne et sa musique partagent cette même essence répétitive, nous espérons ainsi libérer naturellement les imaginaires.

2 – Le groupe est né en 2016, avec Baptiste et Elouan, puis Julien a rejoint le projet en 2022. Qu’est-ce que l’arrivée de l’accordéon a changé dans l’identité sonore de ZOÑJ ?

L’arrivée de Julien a profondément déplacé notre centre de gravité en apportant une texture sonore dense et chaleureuse. L’accordéon chromatique permet d’installer un dialogue constant au sein du trio. Lorsque l’accordéon mène et joue le thème, cela laisse une belle place au violon et à la flûte traversière pour prendre une position d’accompagnateurs. Lorsque le violon et la flûte mènent la danse en assurant la partie mélodique, l’accordéon chromatique vient poser un bourdon et une assise rythmique puissante.

3 – Est-ce que vous avez eu le sentiment, à ce moment-là, de recréer le groupe plutôt que simplement de changer sa formation ?

Absolument. Nous parlons volontiers d’une seconde genèse pour ZOÑJ. Ce n’était pas un simple remplacement de musicien, mais un véritable tournant esthétique. L’intégration de l’accordéon nous a poussés à repenser totalement nos arrangements et notre dynamique de jeu. C’est cette énergie nouvelle qui irrigue notre travail de scène et d’écriture aujourd’hui.

4 – Le groupe a aujourd’hui plusieurs années d’expérience de scène derrière lui. Est-ce que votre manière de composer et de jouer ensemble a beaucoup évolué depuis les débuts ?

Oui, il y a eu beaucoup d’évolution. Après nos débuts marqués d’un premier album éponyme en 2018 sous une autre formule (flûte traversière en bois, violon et guitare), l’arrivée de Julien a ouvert une nouvelle phase de recherche puis de maturation. Nous avons passé trois ans à créer et roder des morceaux pour le live, directement au contact des danseuses et danseurs. Notre approche s’est affinée grâce à cette expérience du plancher, mais aussi grâce au travail mené avec notre directrice artistique, Floriane Le Pottier, qui nous a aidés à sculpter notre narration, nos timbres et la précision de nos arrangements.

5 – Pourquoi était-ce le bon moment pour enregistrer Koar ? Que vouliez-vous raconter ou fixer avec cet album ?

Après ces années intenses dédiées à la scène dans notre nouveau line-up, c’était le moment idéal de marquer une nouvelle étape dans la vie du trio. Nous voulions dépasser l’exercice du live pour envisager ce disque comme une œuvre à part entière. Enregistré au Centre de création Le Logelloù à Penvénan aux micros d’Heikki Bourgault, cet album marque ​​une étape clé dans la professionnalisation du groupe et nous permet désormais de diffuser notre musique au plus grand nombre, au-delà du seul public des festoù-noz.

6 – Le titre Koar signifie « cire » en breton. Que représente-t-il pour vous ? Pourquoi ce mot s’est-il imposé pour donner son nom à l’album ?

Koar (la cire), évoque une matière à la fois organique et malléable, qui symbolise la patience de notre processus de création : faire, défaire, remodeler, figer, finalement refaire. Ce qui résonne particulièrement avec notre démarche d’enregistrement : fixer et sculpter sur disque le fruit de nos années de maturation scénique, tout en gardant une matière vivante et chaleureuse. Et puis, Julien ayant rejoint la troupe en 2022 et l’album étant enregistré et publié en 2026, nous fêtons donc nos noces de cire !

7 – Vous partez notamment de mélodies et de formes issues de la tradition. Comment transformez-vous cette matière traditionnelle pour en faire une musique qui vous ressemble ?

Nous considérons la musique bretonne et les traditions populaires comme des matières vivantes et en constante évolution. Pour nous approprier ces airs issus de collectages ou parfois composés, nous nous inspirons de nos aînés ou de nos références à chacun. Ce qui donne vie à notre musique, nourrie à la fois de musiques tonales, de musiques savantes, et d’une approche modale qui élargit notre palette de couleurs. Avec notre instrumentarium purement acoustique, sans effets ni artifices, nous cherchons à créer une esthétique actuelle. Cela nous permet de toucher aussi bien les férus de la scène fest-noz que les amateurs de musique de tous horizons.

8 – Votre musique repose sur un équilibre entre écriture, répétition, improvisation et liberté. Comment travaillez-vous cette tension entre ce qui est très construit et ce qui peut surgir sur le moment ?

Cette liberté sur scène demande paradoxalement beaucoup de rigueur en amont. Nous passons par des temps de répétition poussés, des arrangements précis et le recul d’oreilles extérieures. C’est avant tout une sacrée aventure humaine : notre complicité et notre amitié sont le ciment de ce travail. C’est cette structure solide et cette confiance mutuelle qui nous permettent, une fois face au public, de lâcher prise en toute confiance. L’interaction au sein du trio prend alors le relais pour laisser place à l’improvisation, à la variation et à la spontanéité du moment.

9 – ZOÑJ est avant tout un groupe de fest-noz. Comment prenez-vous en compte la danse et les danseurs lorsque vous composez ou arrangez vos morceaux ?

La danse est notre boussole. Si nous aimons développer des arrangements personnels, la priorité absolue reste la pulsation. C’est elle qui crée le lien physique entre le danseur et le musicien. Nous composons toujours en pensant à l’énergie corporelle nécessaire pour amener le plancher vers une forme de transe collective. Dans le contexte actuel, il nous est d’autant plus important de se réunir, de faire corps et de partager une énergie collective.

10 – Vous avez invité la chanteuse Anjela Lorho-Pasco sur l’album. Qu’est-ce que cette rencontre a apporté à votre musique et à l’univers de Koar ?

Inviter Anjela Lorho-Pasco, une des grandes voix du Pays vannetais, sonnait comme une évidence. Sa présence apporte une superbe profondeur poétique à l’opus. Intégrer une voix à notre univers instrumental enrichit la dynamique d’écoute du disque, tout en renforçant notre attachement à la langue bretonne.

11 – Après Koar, quelles sont vos envies pour la suite de ZOÑJ ? Est-ce qu’il y a encore des territoires musicaux que vous aimeriez explorer ?

Notre priorité absolue est de faire vivre cet album sur la route des concerts. Notre tournée 2026 est déjà bien lancée, et nous avons hâte de continuer à défendre ce répertoire en Bretagne et ailleurs. Côté artistique, nous resterons curieux : nous voulons continuer à explorer de nouvelles passerelles musicales, sans jamais perdre l’ancrage et la générosité qui font l’identité de ZOÑJ.

Propos recueillis par Thomas Postic.

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on TumblrShare on Google+Pin on Pinterest
 

Laissez une réponse

Vous pouvez rédiger un commentaire ou répondre à quelqu'un.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises HTML et les attributs :

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

-->